La quatrième mission à Mayotte du projet PLASMA 2, était placée sous le signe de la chimie et de l’étude de la pollution par les microplastiques aux interfaces. Cette nouvelle campagne de terrain (du 8 au 20 mars 2026) a aussi permis d’expérimenter de nouvelles méthodes d’enquête sur le lagon, tout en renforçant les liens entre recherche, territoire et société.
En ce qui concerne la partie « chimie », la campagne de prélèvements était dirigée par 3 trois chimistes : Sylvain Rigaud (biogéochimiste, laboratoire CHROME, Université de Nîmes), Coraline Mattei (chimiste au MIO, Marseille) et son étudiante en thèse Laura Morel.
Pour Sylvain, l’objectif de la campagne a été d’évaluer si les sédiments pouvaient être un réceptacle important pour les microplastiques apportés dans le lagon de Mayotte. Il s’agit de prélever des sédiments de surface à la benne sur 14 stations ainsi que des carottes de sédiment par plongée sur 4 stations réparties dans les zones d’accumulation sédimentaires terrigènes les plus favorables du lagon.
Ces échantillons permettront :
- d’évaluer les niveaux de contamination des sédiments de surface ;
- d’identifier les bassins versants responsables des principaux apports ;
- de reconstituer l’historique de ces apports au cours des dernières décennies ;
- et enfin, d’évaluer les taux d’enfouissement actuels de ces plastiques.
Ces données viendront compléter les travaux menés par les collègues sur les origines et transferts des microplastiques au sein du lagon et aux interfaces océan/atmosphère et lagon/océan, et permettront d’affiner les outils de modélisation visant à reconstituer les origines et devenirs des microplastiques dans le lagon de Mayotte.
Pour Coraline et Laura, des prélèvements de la microcouche de surface marine et de sous surface ont été réalisés (voir photo) sur différents transects dans le lagon. D’autres ont été faits dans des zones d’accumulation particulières observées en mer (notamment au niveau des laisses de mer formées après les pluies) ou pointées comme telles par les premières données de modélisation. Ces échantillons permettront d’analyser la présence de particules de microplastiques ainsi que d’additifs plastiques. Les analyses seront conduites au retour de mission, au laboratoire du MIO.
En complément de ces travaux, Hugo Julia (étudiant en thèse, dirigé par Cristèle chevalier) était présent pour affiner son modèle hydrodynamique du lagon dont un des buts est de mieux comprendre les phénomènes de dispersion / diffusion / répartition des microplastiques dans le lagon. Au plan instrumental, des bouées dérivantes ont été déployées dans plusieurs zones du lagon (suivi GPS). En complément, les premiers éléments de méthode d’une enquête de terrain ont été testés : des entretiens « in situ » ont été menés avec des acteurs particuliers du lagon, fins connaisseurs de ses dynamiques : les pêcheurs en pirogue. Le but est de comparer les premiers résultats du modèle à la compréhension empirique des courants par l’expérience que ces acteurs ont du lagon. La mission prochaine étendra les entretiens à d’autres types d’acteurs (plongeurs, pêcheurs, plaisanciers à la voile…).
Au-delà des travaux scientifiques, la mission a également été marquée par plusieurs temps forts de médiation et de co-construction avec les acteurs locaux.
Par ailleurs, une conférence grand public organisée sur Petite Terre (à l’espace de co-working/restaurant « Le Kalys ») centrée sur les travaux des chimistes ainsi que des interventions en milieu scolaire (une classe de 6ème du collège de Passamainty et une classe de seconde du lycée des Lumières de Kaweni) ont permis de sensibiliser différents publics aux enjeux de la pollution plastique et de partager les avancées du projet.
Enfin, la quatrième rencontre du « Parlement de la rivière Ourouvéni » s’est déroulée sur une petite place publique à Combani (place Badjoni). Elle était organisée en partenariat avec la régie de Territoire de Tsingoni et les étudiants de première année du BTS « Gestion et protection de la nature » de Coconi, emmenés par leur professeur Mohamed Madi. Fidèle à ses principes, la rencontre a réuni habitants, chercheurs et acteurs du territoire. Après avoir évoqué la question agricole (mars 2025), celle de la ressource en eau (novembre 2025), ce dispositif participatif visait, cette fois, à mieux comprendre la vie urbaine du quartier et à faire émerger des solutions concrètes pour une gestion durable de la rivière et de la ressource en eau, en tenant compte des réalités urbaines locales. Grâce à Rachma Moustoifidhou, étudiante de deuxième année au BTS Gestion et Protection de la Nature (de Coconi) et traductrice hors-pair, la rencontre s’est déroulée en chimaoré (traduite en français), ce qui a notamment permis aux riverains de participer activement aux échanges.